Une histoire d'amour,de limites des mots

undefined Un lait d’amour et de paroles

 

La valeur du lait qu’apporte au nourrisson le sein ou le biberon ne se limite pas à ses qualités nutritives. Car il n’a pas pour seule fonction de nourrir son corps. Il participe aussi de sa construction psychique. Mais cette seconde dimension ne va pas de soi. En effet, pour que le lait « construise » l’enfant, un certain nombre de conditions sont requises.

Il faut d’abord qu’il lui soit donné par une mère qui puisse – même dans ce moment où elle et lui sont plus proches qu’ils ne le seront jamais – le considérer comme un être distinct de sa personne, séparé d’elle. Cela ne va pas de soi. Pour qu’une mère puisse donner un tel statut à son enfant, il faut en effet qu’elle ait pu accoucher de lui non seulement dans son corps, mais dans sa tête. C’est-à-dire qu’elle ait pu faire le deuil de « l’enfant imaginé » qu’elle portait et « adopter » celui, bien réel, qui lui est advenu.

Pour que le lait soit « constructif », il faut de plus qu’il soit donné à l’enfant par une mère « aimante ». C’est-à-dire qu’il puisse sentir par tout ce qu’il perçoit d’elle – le son de sa voix, le contact de son corps, etc. – que son existence est pour elle une source inépuisable de bonheur. Or ce n’est pas toujours le cas. Car une mère peut – à cause de ce qu’elle a elle-même vécu, bébé, avec sa propre mère – avoir du mal à tisser un lien avec son enfant. Et, hantée par les fantômes de son passé, vivre dans l’angoisse la relation à son bébé. Il faut enfin que la mère, en nourrissant l’enfant, lui parle. Et lui donne ainsi la preuve qu’il existe pour elle. Preuve à laquelle il va s’accrocher pour se sentir lui-même, peu à peu, exister.

Une relation qui nourrit

Si toutes ces conditions sont réunies, le lait est apte à construire l’enfant. Car il apaise non seulement sa faim « physique », mais aussi la soif de relation qui l’habite, le besoin infini qu’il a de sa mère, de sa tendresse et de ses paroles. A l’inverse, si la mère (parce qu’elle est, par exemple, dépressive) est absente à elle-même lorsqu’elle allaite son enfant ; si elle n’a pas avec lui de relation véritable – c’est-à-dire si elle le nourrit et le caresse mais omet de s’adresser à sa personne, de lui parler – ; ou si, prisonnière de son angoisse, elle le « remplit » comme un objet sans tenir compte de son désir, de son appétit, le lait n’a pour l’enfant aucun sens.

Il peut alors le refuser. Mais aussi bien l’absorber et parfois même en trop grande quantité. Parce que c’est le seul moyen dont il dispose pour remplir le vide qu’il sent en lui. Le bébé, dans ce cas, s’alimente. Mais il reste néanmoins « sur sa faim ». Vide. Vide d’une relation à l’autre dont il aurait besoin et qui, indéfiniment, se dérobe.

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